Il venait en France pour fuir la misère.
Pour tenter de survivre, il a laissé ses frères.
Il quittait son pays, le cœur plein d’espérance
De pouvoir fournir à sa famille un peu plus d’abondance.
C’était sûr, il travaillerait dur sur cette Terre d’asile
Pour rendre à son village la vie un peu plus facile.
Il aimait son pays et avait le cœur déchiré.
Pourtant il devait être fort et ne surtout pas pleurer.

Elle, elle n’avait pas eu d’autres choix
Que la fuite ou le trépas.
La guerre ravageait son pays
Lui apprenant la fragilité de la vie.
Les bombes, les balles, les pleurs,
Et tous ceux qu’elle aimait qui meurent…
Elle avait rassemblé son courage
Sans céder à leur folie et à leur rage.

Lui, il n’avait que quatre ans
Et suivait tout simplement sa maman.
Ils étaient partis à pieds, un soir,
A travers le pays, seuls dans le noir.
Comme il avait eu peur, impuissant et amère,
Quand, devant lui, ils avaient violé sa mère.
Elle s’était relevée, courageuse et abattue,
Mais à deux, ils avaient survécu.

Eux, ils étaient partis contraints
Car doucement disparaissait leur gagne-pain
Ils vivaient de la généreuse forêt,
De ses fruits, de ses fleurs et de ses baies.
Mais peu à peu elle se desséchait,
Elle se vidait et disparaissait.
Le bruit des engins, puis les palmeraies
Venaient chaque année à bout de leur chère forêt.

Ils avaient tous traversé la terre, à pied ou en bateau,
Payant à des passeurs bien plus qu’il ne le faut.
Ils avaient souvent eu peur durant ce sombre voyage,
Ils avaient rencontré la mort, rodant dans les parages.
Ils avaient vu mourir ceux qui, comme eux, comme elle, comme lui
Tentaient tout simplement d’aller vivre leur vie.
Finalement, ils y étaient arrivés, dans ce pays promis
Et ce soir-là, ils en avaient tous souri.

Et, comme eux, ils sont des milliers
A partir, à se déraciner.
Ils ne viennent pas nous dépouiller
Ils espèrent simplement vivre dans la dignité.
Au lieu de le rejeter, on gagnerait tellement à s’enrichir
De leur différence et de leurs sourires,
A leur ouvrir nos bras et nos cœurs
Et à les accueillir comme nos frères et nos sœurs.

A Messieurs K et K, à D, et à tous ceux et celles qui m’ont enrichie et m’enrichiront encore de leur récit, de leur sourire, de leur regard et de leur force de vie.

AdeLune

Illustration : Activedia from Pixabay