Alors cette peur… ? Tu la connais maintenant ?
Cette angoisse insoumise qui hante le présent,
Cette épouvante qui donne envie de disparaître,
Cette panique omnipotente qui t’empêche d’être,
Cette inquiétude si familière auprès de laquelle elle aussi a grandi,
Cette tendre ennemie qui devient peu à peu amie ?

Elle est là, autour de toi, comme un virus omniprésent,
Elle est là, près de toi, dans tes pensées, à tout moment,
Elle est là, au fond de toi, dans chacun de tes sourires,
Elle se cache auprès des tiens et te fait craindre le pire.
Tu as fait sa connaissance pendant la pandémie…
Ca y est, tu vois qui c’est, l’ami.e ?

Alors, ça te fait quoi de la ressentir ?
Comment tu la perçois ta vie maintenant ? Ton avenir ?
Te sens-tu toujours aussi puissant ?
Te penses-tu toujours dominant ?

Parce que cette peur, l’ami.e, elle est la compagne indocile
De bien des humains qu’on dit fragiles.
Regarde-les un peu !
Ne détourne plus les yeux !
Tu les vois ces migrants qui quittent la guerre ou la faim ?
Tu les vois ces femmes que l’on traite de putains ?
Regarde-les, ces familles qui dorment dans la rue ?
Affronte-le, le regard de ces enfants battus ?
Regarde mieux, l’ami.e, observe, dans l’ombre.
Ce que tu vois, tapie, derrière eux, c’est cette peur sombre.
Celle que tu ressens, maintenant….
Celle qui te fait craindre autant…

Souviens-toi de cette peur quand, demain,
Tu pourras ressortir de chez toi, serein.
Souviens-toi de cette peur quand tu croiseras dans la rue
Ces étrangers, ces femmes, ces enfants, ces exclus.
Comme elle l’aura fait pour toi, elle les suivra pas à pas.

N’oublie pas cette émotion… souviens-toi.
Souviens-toi de ce sentiment de vulnérabilité…
Souviens-toi de ce besoin de sécurité…
Ils ne valent pas moins que toi, ils sont tes égaux.
Souviens-toi d’elle et ravale-le, ton égo !
Ne crache pas ton venin,
C’est de ta main dont ils ont besoin.

Souviens-toi d’elle, comme d’une leçon offerte.
Apprends et retiens de ces douloureuses pertes.
Reconnais-la chez eux, chez elle, chez lui.
S’il-te-plaît, souviens-toi d’elle, l’ami.e.
Car l’empathie est l’unique clé
Qui pourra, peut-être, sauver ta propre humanité.

AdeLune, collectif les Folles Alliées

Illustration : Anemone123 from Pixabay