Poète entre deux proses
Amatrice de belles choses
Elle se laisse séduire
Par de divins plaisirs

Hébétée par l’éclat
De ces beaux ornements
Fantastiques apparats
Que lui offre Occident 

Ces capteurs d’attention
Sublimés par l’image
Se font nouvelle passion
Elle en grise moins de pages

La voilà occupée
A goûter, savourer
Ce qu’un publicitaire
Habilement lui suggère

Après tout pourquoi pas
Céder au doux repas ?
Se gaver, se remplir
Plus sucré pour mieux jouir

Et puis elle accélère
En oublie la beauté
S’éloigne de terre mère
Pour plus vite s’empiffrer

Elle accélère encore
Gagne et donne tout son or
Happée par le besoin
De ne manquer de rien

Un foutu tourbillon
Nommé consommation
Elle étouffe et suffoque
Le divin est ad hoc

Le grandiose, le sublime
Qu’on lui avait vendus
Ne sont que pur abîme
Et son âme s’est rendue

Quel autre choix a-t-elle
Que le superficiel ?
Elle ne peut vivre sans
C’est sa drogue à présent

Car passé est le temps
Où elle était artiste
Dans ce sombre présent
C’est une consommatriste

Et face à ce néant
Qu’est devenue sa vie
Elle se souvient du temps
Où elle avait envie

De goûter la nature
De crier en peinture
De créer la beauté
De rêver d’unité

Et découvrir les autres
Ni disciples ni apôtres
Juste la différence
L’infinie tolérance

Partager sans visée
Et puis rire et pleurer
Réfléchir et penser
Accepter sans juger

Se remettre en question
Ne pas être qu’un pion
Joué par le système
Qui t’impose son baptême

Mais le monde se connecte
Pour combattre la secte
Qui tente de le dresser
En vendant ses données

Et la consommatriste
Redeviendra artiste
S’emparera de sa vie
Prenez-en le pari

Pomme, collectif les Folles Alliées

Illustration : Engin Akyurt from Pexels