Dépêchons-nous d’aller mourir m’sieurs dames
Puisque c’est tout ce qui attend nos âmes.
On la redoute tant cette fin et pourtant
On va à elle, toujours plus vite, en courant.

Être les premiers à arriver
Être les premiers à gagner
Être les premiers à partir
Être les premiers à mourir

Notre vie est devenue une course
Le plus rapide à remplir sa bourse !
Notre vie est devenue compétition
C’est une aberration.
Écouter les parents discuter
Pour savoir lequel de leur enfant est le premier
À parler, à attraper, à compter, à lire
A écrire, à marcher, à courir et à dire.
Écouter les maîtresses, égrainer
Lesquel de leurs élèves ont acquis les premiers
Les compétences à valider
Écouter nous parler
On ne sait plus jouer
On challenge, on concoure
On compétionne et on court.

On court après l’argent
On court après le temps
On court après le profit
On court après la vie

Dépêchez vous m’sieurs dames, y a urgence !
Pressez les rejetons, on n’a pas le temps pour l’enfance
Dépêcher vous m’sieur dames, faut produire !
Dépêcher vous d’aller mourir.

Et pourtant… le temps attend…
Il passe par là lentement
Et il est beau ce temps
Suspendu dans l’instant
Il suffit de s’arrêter
Pour marcher à ses côtés
Le temps ne court pas
Le temps passe et s’en va.

Ralentissez m’sieurs dames, marchez
Et même mieux : flânez !
Laissez les crier, vociférer, s’égosiller
C’est votre vie. A vous de vous la réapproprier

Prenez le temps, reprenez le
Il appartient à tous ceux
Qui en font le choix
Qui en font leur voie
Savourer les moments comme des gourmandises
Parce que c’est ça la vraie vie, quoi qu’on en dise.
Avoir plus ne rend pas heureux
Le bonheur c’est d’être mieux.
Alors prenez le temps messieurs dames
Après tout, ce n’est pas un drame

AdeLune